Revenir à l'humain ou le détruire ?

Le monde serait un village...

De quoi parle-t-on ?

Virtuel.

Les décideurs nous le disent à longueur de journée : le monde est devenu un "grand village" où tout est connecté, où tout peut s'échanger, où la liberté d'entreprendre doit faire le bonheur de tous.

Réel.

Liberté de circulation pour les marchandises, l'argent, les informations, les spécialistes parlent d'algorithmes, alors que les hommes seraient condamnés à subir les conséquences inéluctables de toutes ces pressions dans le vrai village où ils sont nés.

Notre civilisation du roi pognon s'est offert le luxe d'oublier que l'homme est l'essentiel de la vie d'un village.  

Témoignages

Panneau réalisé au début des années 80 : sur le fond rien n'a changé même si le théâtre des horreurs s'est légèrement déplacé. Cliquez pour agrandir.

Du Kurdistan au Cantal.

Petite enfance au Kurdistan en Irak, exode dans un camp en Turquie avec ses parents. Accueil en France à l’aéroport de Clermont Ferrand, camp de Bourg-Lastic puis installation dans une bourgade du massif central. Aujourd’hui, lucide et révoltée contre tout ce qui détruit de l’humain, elle suit, au quotidien, la migration de centaines de milliers de réfugiés. Rencontre à partager avec les lecteurs du blog des amis de Testu.

Petit jeu de questions réponses, échange de mails… pour être certain de ne pas trahir la réalité du vécu.

-le Kurdistan est éclaté sur l’Iran, l’Irak, la Turquie et le Syrie : quels liens unissent ce peuple ?

"Le Kurdistan est le pays des kurdes : "kurd" pour kurdes et "istan" pour pays. De nos jours, malgré l’éclatement à cheval sur plusieurs États (Iran, Irak, Turquie, Syrie et une infirme partie de l'ex URSS), ce peuple a parfaitement conscience de son unité au-delà des frontières établies. 

Kurdes d'Irak, de Turquie, d'Iran ou de Syrie partagent donc un territoire, une langue (le kurde avec deux dialectes majoritaires : Kurmanci, Sorani), une histoire, une culture, des traditions, des fêtes communes et un profond sentiment d'appartenance à une communauté. 

Les kurdes sont également fortement liés par leur combat pour leur liberté et par la quête du respect des droits."

-existe-t-il une volonté d’unification entre ces quatre territoires ? Si oui, pourquoi est-elle réprimée, depuis quand ?

"Des volontés d'unification ont été exprimées depuis longtemps, des tentatives ont été lancées mais toutes ont été réprimées. Actuellement, les kurdes ne parlent pas ouvertement d'indépendance mais se cantonnent à vouloir acquérir avant tout des droits. 

En Turquie, Mustafa Kemal Ataturk (fondateur de l'Etat de la République de la Turquie)  a décidé d'assimiler le peuple kurde reniant jusqu'à son existence. Massacre en masse de la population kurde de Turquie - exemple de cette politique : le génocide de Dersim (commune renommée "Tunceli" par la Turquie) où 40 000 kurdes ont été tués en 1936.

En Turquie, parler kurde, chanter en kurde, porter les couleurs du drapeau du Kurdistan, fêter le nouvel an kurde (le Newroz) sont des actes violemment réprimés, tuant chaque année et aujourd'hui encore des civils. 

En Irak, j'évoquerai "al anfal" où l'armée de Saddam Hussein a mené une vaste campagne d'élimination des kurdes d'Irak. "Ali le chimique" avait tout pouvoir pour tuer tout être humain et tout animal dans la zone kurde d'Irak en 1988 et 1989. 

En Syrie et en Iran, les répressions sont "moindres" dans le sens où s'il y a des exécutions sommaires notamment dès lors qu'une manifestation avait lieu (en tirant dans le tas), elles n'étaient pas si massives qu'en Turquie et en Irak. Les droits des kurdes n'étaient cependant pas plus respectés (interdiction d'apprendre le kurde, politique d'assimilation). 

Aujourd'hui, pour moi, la répression continue dans une nouvelle forme avec l'État islamique." 

-où en est la menace de génocide sur les yézidis, qui sont-ils ?

"Les kurdes ont des croyances diverses, certains sont musulmans, d'autres chrétiens, d'autres "zerdesht", d'autres juifs ou encore alévis.

Les yézidis sont des kurdes porteurs d’une religion singulière, monothéiste, avec leurs croyances notamment en l'ange paon (Malik Taus), des lieux de culte qui sont des temples en forme de cônes. Ils ont été réprimés et malheureusement leur besoin de transmettre leur religion par l’écrit tend à disparaître au profit de l'oralité. Certains les assimilent à des adorateurs du diable. 

Les yézidis n'ont pas de soutien car ils n'ont pas d'échos dans le monde occidental, contrairement aux chrétiens d'orient." 

-quelles sont les responsabilités de l’occident en général, de la France en particulier, dans la répression qui frappe les kurdes depuis 50 ans ?

La question est délicate, je rappellerai simplement les colonies occidentales qui ont abouti sur la création d'États (colonie anglaise qui a abouti à la création de l'Irak), les accords (traités de Sèvre et de Lausanne) qui ont prévu puis rejeté la création d'un État Kurde, l'implication politique occidentale (aide à l'installation de Saddam Hussein en Irak après son putsch raté avec l'aide de la CIA), l'implication de la France également (et de nombreux autres États) avec la vente d'armes chimiques à l'Irak de Saddam Hussein, je rappellerai simplement que Jacques Chirac était l'ami de 30 ans de Saddam Hussein. Les problèmes de nos jours dans certains pays sont la conséquence de choix politiques et économiques imposés par l’occident."

-pourquoi tes parents ont fui le Kurdistan irakien ?

"Pour survivre et sauver leurs enfants pendant la campagne de bombardements chimiques de Saddam Hussein au Kurdisant d'Irak. Le village où nous étions a été bombardé, école, hôpital, maisons détruites, réduits en ruines. La seule chance de survie était la fuite, l'exode, laissant derrière eux, pays, patrie, famille, travail, maisons, terres, économies, tout...

Ma mère était institutrice et mon père directeur d'école." 

-comment ta famille s’est-elle retrouvée en France ?

"L'exode de ma famille nous menés au Kurdistan de Turquie, dans un camp à Mardin. 

(Pour avoir une idée de l'accueil fait aux réfugiés par la Turquie : du pain empoisonné a été distribué causant, durant des mois, des souffrances et des décès)  

Danielle Mitterrand, alors 1ère Dame de France, Dame de conviction, a visité les 3 camps de réfugiés existant en Turquie en 1989 dont celui où nous étions. 

Mes parents ont appris sa venue, mon père s'est empressé de rédiger un courrier que ma mère lui a remis. Il demandait ce qu'elle venait faire ici, pourquoi, si ce n'est pour nous voir souffrir dans ce camp ? Il a demandé un accueil en France. Cette France qui était une terre d'accueil, une terre d'asile. Elle a accepté (elle a dû convaincre son mari, ça n'a pas été simple) et a demandé à mon père de faire une liste de tous ceux qu'il connaissait. Ainsi, il a rédigé une liste, Danielle a préparé notre voyage vers l'inconnu mais certainement vers une terre de paix."

-de quel accueil avez-vous bénéficié ?

"L'association France liberté a organisé notre accueil. Nous avons été aidés, accompagnés dans cette insertion, l'enseignement de la langue française a été mise en place, des aides dans les recherches d'emploi ont été faites. Les conditions d'accueil ont été idéales. Mes parents ont compris plus tard que la manifestation à laquelle ils avaient eu droit était en fait contre notre arrivée, ça reste un détail qui nous fait sourire lorsque l'on y repense."

-quels sont tes contacts avec la communauté kurde en France, en Irak ?

"La communauté kurde en France est très soudée, nous sommes tous très proches, nous sommes tous cousins, cousines, frères et sœurs. 

Des regroupements ont souvent lieu en France à l'occasion de fêtes, de mariages. 

En Irak, nous avons des contacts téléphoniques. Avec Saddam Hussein (jusqu'en 2003), nous ne pouvions aller au "pays", depuis l'État islamique, nous ne pouvons sans craintes rendre visite à nos familles. Le Kurdistan a connu une brève accalmie, trop courte."

-aujourd’hui, tu te considères française, kurde, irakienne ? As-tu été montrée du doigt comme étant étrangère ?

"Je suis française, kurde et irakienne. Mais j'ai baigné dans la culture kurde et c'est celle que je connais le mieux (avec des parents arrivés à la trentaine, sans Histoire ici, sans connaitre la langue). 

On peut en sourire (c'est ce que je fais), chance pour moi, mes origines ne sont pas très visibles (physiquement) donc les inconnus ne me pointent pas du doigt. Par contre, lorsque l'on s'attache à mon nom, mon prénom, qu'on commence à connaitre mes origines, ça m'est arrivé (plusieurs fois, trop souvent) de subir le racisme (violences verbales, insultes). L'an dernier, un homme m'a demandé ce que je faisais ici et que je devrais rentrer d'où je viens. Mon caractère fait que je réponds."

-tes parents et toi-même pensez-vous retourner définitivement au Kurdistan irakien ?

"J'ai pensé à aller travailler au Kurdistan lorsque le pays était en plein essor (côté Irak), la situation actuelle fait que l'on ne l'envisage pas du tout. Ma mère souhaiterait y retourner. Mon père n'y a pas remis les pieds depuis 1989 et je ne pense pas qu'il le fasse." 

-les migrants d’aujourd’hui : tous réfugiés de guerre ?

"Pas tous, certains sont des réfugiés économiques. Mais la guerre est présente dans de très nombreux pays. Beaucoup le sont." 

-quelles sont à tes yeux les conditions minimales d’accueil des réfugiés en France ?

"Lorsque l'on passe par des situations comme celles que l'on a pu vivre dans un camp en Turquie ou lorsque l'on a été sans domicile on ne demande pas grand-chose, surtout un lieu de paix avant tout. Ils fuient la guerre, la moindre des choses est de les accueillir sans les "pointer du doigt", sans les rejeter, sans les accuser d'arriver en France. Je pense que les moyens d'accueil peuvent être trouvés (logements vacants), il faut surtout prévoir l'intégration dans la société, accompagner les réfugiés dans la recherche d'emploi, dans l'enseignement de la langue française." 

-l’accueil des réfugiés, tu le vois collectif, familial ?

"Je le vois familial. Si des liens doivent se faire, ils se feront naturellement." 

-certains pensent qu’il faut « trier » parmi les réfugiés entre ceux qui peuvent apporter à l’économie européenne et ceux qui pourraient devenir une charge pour les européens : comment ressens-tu  cette distinction ? Y-at-il un risque d’appauvrir encore le Kurdistan ?

"Je le vois comme un immense manque d'humanité. Je peux "économiquement" entendre cette démarche mais je ne peux pas la comprendre. Il s'agit de "sauver" des vies. Les réfugiés ne partent pas par envie mais par obligation et pour leur survie, un retour dans leur pays est possible si la situation ne reste pas dramatique. 

Le Kurdistan est une terre très riche (gaz, pétrole, eau) avec une terre très fertile, le problème du Kurdistan n'est pas son appauvrissement mais sa richesse." 

-penses-tu que les migrants de 2015 repartiront une fois les conflits réglés ? 
"Oui si la situation s'améliore rapidement. Beaucoup moins si la situation les empêche de repartir, des liens se créeront, les enfants grandiront avec une autre culture, une autre façon de vivre et voir les choses. Plus on tarde à résoudre les problèmes, plus le retour sera compliqué. 
Je pense qu'ici nous ne pouvons qu'essayer de les accueillir du mieux que l'on peut, à notre échelle nous ne pouvons pas faire grand-chose. Mais un bon accueil, de la compassion et de l'humanité envers eux c'est déjà beaucoup. 
Plus haut, c'est aux gouvernements d'agir, prendre leurs responsabilités et il est urgent d'essayer d'enrayer le cancer qu'est l'État islamique."

-merci à toi pour la spontanéité de ton témoignage. Tu as souhaité garder l'anonymat. Je comprends d'autant plus facilement que je partage avec toi l'idée que l'important n'est pas de mettre un nom en avant, mais bien de participer à la réflexion citoyenne.                                                                                     B.B.

 

Fille d'immigrés espagnols, aujourd'hui

sur le devant de la scène française.

Message transmis par Michel Dinocera aux abonnés d’ « un autre Cantal »:

« Bonjour,

Ci-dessous, pour info et à divulguer sans modération, cette très belle chronique d'Isabelle ALONSO sur les migrants : 

« Février 1939. Deux adolescents franchissent séparément les Pyrénées après des jours de marche sous les bombardements. Elle, parmi les civils, lui, avec l'armée vaincue. Ils ont faim, ils ont froid, ils ont peur, et pas idée de ce qui les attend...Au moment où ils passent la frontière, ils cessent d'être des gens. Ils deviennent des indésirables, comme les qualifient Daladier et la presse de droite, déchaînée...Parqués, entourés des barbelés sur les plages glaciales, ils en sont à survivre...Je suis la fille, ô combien fière, de ces réfugiés...Résistants, survivants, exilés à vie et citoyens exemplaires. Aujourd'hui, 76 ans plus tard, mes parents ont disparu, exil ultime. Les indésirables qu'ils furent présentèrent un jour le même aspect pathétique, désolant, inquiétant, que ceux qu'aujourd'hui la presse appelle migrants...Aujourd'hui, d'aucuns, qui n'ont jamais entendu une bombe exploser, qui ont toujours su qu'ils allaient dormir dans leur lit le soir, qui ont toujours mangé à leur faim...estiment que les réfugiés devraient rester chez eux. Les migrants, saute-frontière, clandestins, suspects, désignés coupables avant même d'être arrivés, sont juste des gens...plutôt plus courageux que la moyenne à qui nous devons, par principe intangible, un vieux truc démodé qui s'appelle l'hospitalité.

Bienvenue aux migrants. 

Isabelle ALONSO, dans chroniques du n°46 de Siné Mensuel (octobre 2015) » 

Cliquez pour agrandir et prenez le temps de lire le petit texte qui suit. Les chanteurs mettent leurs paroles en musique ; d'autres illustrent avec des images (ici une tapisserie sur toile à canevas) les convictions qui les animent.

Noël 79

Autour du sapin maquillé de plastique,

Nature décapitée qui se dessèche

Au rythme des aiguilles

Tombant sur les rochers synthétiques.

Pour aller s’agenouiller devant la crèche,

La chrétienté s’habille.

 

Sur le petit écran,

L’horreur silencieuse de ceux qui souffrent

Dérange un instant nos bonnes consciences,

Mais soucieux de respecter les convenances,

Nous préférons replonger dans le gouffre

De la fuite en avant.

 

Ce n’est pas qu’on les oublie : le monde bouge !

On envoie les armes dernier cri, la Croix rouge

Aux peuples qui agonisent sous l’oppresseur.

Dérisoires obstacles devant l’envahisseur,

Les corps abandonnés au travers d’un sentier,

Protègent le manège de nos pétroliers.    

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Mestries Pierre | Réponse 09.12.2013 09.27

Et les bonnets d'âne à nos encadrants!!!
Vive la Bretagne!! et les Auverg....ons!!

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Commentaires

24.10 | 19:16

Vivement que le projet de la sablière vois enfin le jour !! Centre ville trop chère, aucune concurrence !

...
17.10 | 11:40

Bonjour bravo pour votre reportage ...pour la gare de st flour, la nouvelle est vraie...il suffit de vérifier auprés du chef de gare...suite au prochain numéro.

...
16.10 | 18:37

Malheureusement l'éolien industriel ne marche pas. Peut-être de petites unités perso pourraient être une solution, couplées à d'autres sources et des économies

...
16.10 | 13:09

Mais mes amis CARREFOUR c'est du pipo , le géant du discount allemand s'installe ET CONSTRUIT à côté de Casino et personne n'en parle.......

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