Tentatives électoralistes trumpiennes

Mon arrière-grand-père le facteur,  quatre mille huit cent poussins et Arnold Schwarzenegger

Le masque utilisé comme outil politique par les démocrates

Cher Testu

Les choses vont vite ici, avec entre autres la semaine dernière, la révélation de l’état catastrophique des finances de Trump, sur fond de fraude fiscale et bancaire, l’enregistrement de Melania expliquant qu’elle n’en avait rien à foutre des décorations de Noël de la Maison Blanche, ni du sort des enfants migrants séparés de leur famille, un débat présidentiel qui a fait rigoler la Terre entière, et l’évacuation à l’hosto du contaminé en chef, après que celui-ci ait quand même fait la bise aux « rich cats » qui le financent lors d’une réception de levée de fonds dépourvue de masques, because, vous savez, c’est nous les puissants de ce monde. On a beau être charitable, on s’esclaffe quand même, ne soyons pas hypocrite. Après quatre années de misère, je n’ose encore espérer que les méchants seront bien punis, mais, mais, mais, s’ils pouvaient l’être un peu, beaucoup, en survivant assez longtemps pour connaître l’opprobre et l’humiliation qu’ils ont largement méritées, et pourquoi pas la ruine et la prison.

Bon, en supposant que l’élection ait bien lieu, le thème de ma lettre est en fait la suppression des votes, chapitre La poste :

Mon arrière-grand-père, facteur à Salilhes, serait fort surpris de voir cette noble et neutre institution précipitée dans la fosse nauséabonde du fumier politique américain. Mais c’est hélas l’une des voies choisies par Trump dès qu’il a pris conscience du risque d’une écrasante défaite en novembre. Les électeurs, bien décidés à bouter l’ignoble hors de la Maison Blanche malgré la pandémie, se préparaient à voter en masse par correspondance (méthode traditionnellement moins utilisée par les électeurs de droite). La stratégie à adopter coulait de source : il fallait s’attaquer à la poste elle-même, et l’empêcher de jouer son rôle de messagère impartiale.

Ohio. retrait de boites aux lettres au petit matin

D’où la nomination de Louis DeJoy à la tête de l’US Post Office. DeJoy est un homme d’affaires « méga-donateur » à la campagne de réélection de Trump. Sous prétexte de redresser les finances de la poste (les difficultés financières de celle-ci, qui serait bénéficiaire autrement, datent d’une loi de 2006 qui exige la création d’un fonds de 72 milliards représentant 75 années de versement des retraites), DeJoy a, notamment :

- réduit les horaires des bureaux de poste et limité les tournées

- retiré plusieurs milliers de boîtes aux lettres de quartier (photo ci contre)

 - éliminé les heures supplémentaires dans les centres de tri, alors que la souplesse des horaires permettait de mieux gérer les fluctuations de volume

- fait démonter et mettre à la casse 711 machines de tri automatiques ultra-rapides. Dans un centre de Los Angeles, par exemple, sept trieuses sur dix ont été retirées, chacune d’un débit de 35 000 unités/heure. (photo ci-dessous)

- triplé le coût d’affranchissement des bulletins de vote envoyés par les Etats (ce sont les Etats qui gèrent les élections et en assument les coûts), or leurs finances sont déjà exsangues en raison de la baisse des recettes fiscales et de la hausse des coûts liées à la pandémie.

Maryland. Machine de tri démontée source ABC News
Arkansas. Poussins morts en transit

On enregistre désormais des délais supplémentaires de deux jours en moyenne dans la distribution du courrier. La gravité de la situation varie d’une ville à l’autre. A Baltimore, selon le NY Times, les retards ont affecté 40 % du courrier début septembre et 30 % à Chicago sur la même période. Tous les envois sont touchés, y compris ceux de médicaments, les chèques et bulletins de salaire, les produits périssables et les animaux (volailles, abeilles, etc.). Les cartons de fruits et légumes pourris s’empilent dans les dépôts de Los Angeles. Les animaux meurent de faim et de soif. Au mois de juillet, des éleveurs du Maine ont déploré ainsi la perte de 4 800 poussins arrivés morts dans leurs caisses. Des pertes similaires ont été constatées en Californie et dans l’Arkansas.

Madison. Urne de vote sur la voie publique

Le facteur fait de la résistance

Indignés par cette violation de leur mission de service public, les employés de l’US Post Office ont entamé une sourde résistance : dans le Michigan, les postiers commencent leur journée plus tôt le matin afin d’identifier les enveloppes de bulletin de vote et de les faire partir en priorité. Leurs collègues de l’Ohio plongent eux dans les bacs de courrier en retard pour retrouver les bulletins de salaire et les médicaments. Certains facteurs travaillent pendant leur temps libre, ou déclarent s’être « perdus en chemin », avoir été « retardés par les embouteillages », etc. afin de pouvoir terminer tranquillement leur tournée. Des techniciens d’un centre de tri newyorkais ont tellement traîné les pieds pour démanteler les machines que l’ordre a été finalement révoqué. Un syndicat d’agents de la poste a aussi déposé hier une plainte contre DeJoy.

Touche pas à ma poste

 Les Etats s’organisent aussi pour lutter contre cette atteinte à la démocratie. Vingt-six d’entre eux, plus le district de Columbia (en gros, la ville de Washington), ont intenté un procès à la direction des postes.

DeJoy a par ailleurs été convoqué en août par le Congrès (chambre basse, à majorité démocrate. Je te rappelle que la chambre haute est le Sénat, à majorité républicaine) et a du s’engager à suspendre ses réformes.

              Enfin, si les urnes de trottoir sécurisées (photo ci-contre) existaient déjà ici ou là, ce seront désormais trente-quatre Etats qui s’en équiperont afin de permettre aux électeurs de déposer directement leur bulletin de vote au lieu de passer par la poste. Le New Jersey prévoit d’installer plus de 250 urnes publiques et ma modeste ville de Madison a déjà la sienne près de la gare.

Mais le sabotage continue tous azimuts

- En dépit de la promesse faite au Congrès, DeJoy a maintenu ses mesures.

 - Il a de plus envoyé des milliers de cartes d’instruction de remplissage des bulletins de vote par correspondance erronées

- A annoncé à 46 Etats que l’US Post Office risquait de ne pas être en mesure de distribuer les bulletins de vote remplis dans des délais suffisants pour être comptés.

- Le gouverneur de l’Oregon (républicain) a interdit d’installer plus d’une urne publique par comté, y compris dans le comté très populeux de Harris, soit une seule urne pour 4,7 millions d’électeurs.

- Trump a suggéré que les urnes elles-mêmes seraient vectrices de contagion.

- Le même Trump incite publiquement ses supporters à voter deux fois, afin de démontrer le manque de fiabilité du vote par correspondance. Rien de tel que de voler le sac à main d’une vieille dame pour prouver la descente dans l’insécurité.

Trump et ses complices ont réussi à semer tant de doute parmi les électeurs que ceux-ci (dont bibi) se résignent à aller voter en personne. L’autre crainte étant que, les votes par correspondance étant comptés plus tard, Trump ne déclare victoire le soir du 3 novembre sur la base des votes en personne, prévus être à majorité républicains. Une telle annonce anticipée brouillerait les cartes et aggraverait encore l’inévitable zizanie.

Arnold Schwarzenegger

Et Arnold, dans tout ça ?

Eh bien, comme les bureaux de vote sont aussi attaqués (réduction de leur nombre dans des Etats à gouvernement républicain, comme dans le Kentucky, où le comté de Louisville, 767 000 habitants, de majorité noirs, ne dispose plus que d’un seul lieu de vote) ou victimes des conséquences de la pandémie (pas d’argent pour les mesures de sécurité anti-COVID, disparition des bénévoles habituels que sont les seniors), grandes entreprises et célébrités prennent la relève en vue d’assurer le bon déroulement des élections. Des centaines d’employeurs comme Walmart, Coca Cola, Gap, Nike, etc. accorderont la journée de congé à leurs employés (le jour réservé aux élections, toujours le premier mardi de novembre, n’est pas férié) afin qu’ils puissent voter ou aider dans les bureaux de vote. Et Arnold Schwarzenegger, ancien gouverneur de la Californie, républicain anti-Trump, vient d’offrir de payer de sa poche la réouverture des sites fermés pour raisons budgétaires. Il a déjà versé 250 000 dollars à la ville de Cameron, au Texas, qui serviront à la création de deux grands centres de vote.

Avec l’apocalypse qui se rapproche, on est quand même bien content d’avoir le Terminator (version 2) à ses côtés.

Hasta la vista, baby…

 

Christine

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r.civiale | Réponse 27.10.2020 14:59

continue la lutte anti Trump....

Romega | Réponse 19.10.2020 11:48

Impressionnant !!!! Merci pour ces informations

Christine 24.10.2020 13:47

Merci. Difficile pour un Français de croire que la démocratie est attaquée dans ce grand pays que sont les États-Unis, alors j’essaie d’expliquer.

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Commentaires

16.10 | 19:02

Milles merci pour le "Florilège" . Si juste, et là, c'est toute l'origine des difficultés de ce pauvre département. J'ai abandonné de croire que cela changera..

...
16.09 | 10:48

excellente mise à jour. Le pire ? Un politicien marchand de soupe ou un journaliste qui déguste et diffuse les yeux fermés parce que c'est offert ?

...
06.09 | 12:11

Il est heureux que dans cette société standardisée ,contrôlée assoupie ,des voix s'élèvent impertinentes qui dérangent mais qui me rassurent merci à vous

...
06.09 | 11:08

Côte déchetterie, celle de Maurs vaut son pesant de cacahuètes (non triées) !

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